Bente et les Plantes (Sauvages)

« Printemps, une fenêtre ouverte. Des feuilles d'arbres d'un vert tendre ondulent doucement dans la brise printanière. Un ciel d'un bleu éclatant. Vous êtes allongé(e) dans votre lit. Sieste. Vous entendez les oiseaux, les grenouilles, une rivière, le bourdonnement d'un bourdon… Vous vous reposez. Un vrai repos. Sans téléphone, sans distractions. À moitié dans un rêve, à moitié dans une réalité onirique. Et pourtant, pleinement présent(e).

La fraîcheur des draps, la douce chaleur de l'air. Le parfum de l'herbe et des lilas…

Voilà ce que peut être la vie. De temps en temps… De temps à autre… Si on se le permet, au milieu de toute l'intensité et l'absurdité que ce monde nous réserve. Choisir de respirer. Juste un instant. Un bref instant. Pour ressentir : tout va bien. »

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Pour moi, la découverte des herboristes et du monde des plantes a été un peu comme cet instant. Mes épaules se sont relâchées, le stress s'est dissipé, le monde s'est soudain ouvert à mille possibilités, et j'ai pu respirer. Tout est tombé à sa place.

Depuis que j’étais une petite fille, j'ai toujours été attirée par le monde vert. J'avais un lien particulier avec certains arbres. Je parlais régulièrement aux araignées, aux escargots, aux libellules… bref, à tous ceux qui voulaient bien engager la conversation. Cet amour et cette admiration pour la nature, pour le monde qui nous entoure, m'ont toujours habitée.

Depuis que je vis ici, au moulin, il y a maintenant treize ans, cet amour a donné libre cours, et mon côté animiste, libre espace.

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Les plantes sauvages qui m'entouraient ont rapidement commencé à capter mon attention. La curiosité s'est éveillée en moi.

Je m'étais toujours demandé comment l'humanité vivait avant ‘l'histoire’. Comment nos lointains ancêtres cuisinaient-ils et se nourrissaient-ils ? Que faisaient-ils en cas de maladie ? Et maintenant, ici, plus proche de la nature, je me suis mise à me demander: quels secrets recèlent ces plantes ? À quoi servaient-elles autrefois ? Toxiques ? Légèrement toxiques ? Comestibles ? J'ai commencé à faire toutes sortes de découvertes. Un monde entier s'est littéralement ouvert à moi. Déterrer des racines, faire des sirops et confitures de fleurs, préparer des salades sauvages…

Mais ce n’est qu’en écoutant une interview de Rosemary Gladstar vers 2018 que j’ai réalisé qu’il existe des herboristes. Tout un monde de personnes passionnées par les plantes sauvages / médicinales.

Je me suis plongée dans cet univers fascinant, j’ai écouté des podcasts, dévoré des livres et expérimenté toutes sortes de choses. Quelle joie de découvrir cet univers! Un sentiment entre calme et excitation. J’avais l’impression d’avoir trouvé des personnes qui me ressemblaient, mon tribu! Certains plus scientifiques, d’autres plus spirituels, d’autres encore pragmatiques et directs… traditionnels ou modernes : les herboristes se présentent sous mille formes. Mais ils ont tous quelque chose en commun. Je ne saurais dire quoi. Peut-être ce lien profond avec la nature.

Malgré le fait que je venait de donné naissance à ma deuxième fille, je n'ai pas pu résister et me suis inscrite au cours « Science and Art of Herbalism » de Rosemary Gladstar, en 2019.

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J'étais si heureuse de m'intéresser à la médecine des plantes lorsque le covid a éclaté. Quelle force de ne pas être démunie, de pouvoir faire tant de choses pour fortifier son corps et celui de ses proches. Un véritable ‘Power to the People’!

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : la médecine des plantes, c'est la médecine du peuple. Elle est intimement tissé à l'humanité. Nous sommes ce que nous sommes, et nous avons évolué ainsi, grâce aux plantes qui nous entourent. Main dans la main. Elles font parties de nous. Les substances de ces plantes ont influencé notre évolution génétique. Si l'on absorbe quelque chose, qu'on le digère, et ce pendant des centaines de milliers d'années, alors cela fait partie de nous.

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Parce que la médecine des plantes est la médecine ‘du peuple’, ce n'est pas un ‘métier’. Cela peut le devenir, certes, mais elle existe sous de multiples formes. Chaque culture, chaque pays possède ses propres formes de médecine des plantes. Une flore différente, des méthodes de préparation différentes, une spiritualité différente qui accompagne la guérison. Ce n'est pas comme pour un boulanger : on apprend le métier, on fait un stage, et on va travailler dans une boulangerie. C'est quelque chose de plus abstrait. On a une connaissance intuitive des plantes, on les ressent, ou on les connaît scientifiquement. Quoi qu'il en soit, on les utilise. Chacun a sa propre façon d'apprendre, de comprendre, de ressentir et de faire.

Pour moi, la médecine des plantes est avant tout une médecine vivante. On n'extrait pas de substances de la plante pour n'utiliser que celles-ci, mais justement la plante entière (ou une partie de la plante : racine, feuilles, fleurs) avec tous ses composants. Ces composants sont en parfait équilibre, ensemble, ils forment un tout. L'effet est peut-être plus doux que si l'on extrayait ‘la substance’ en laboratoire, mais il y a souvent moins d'effets secondaires. C'est un être vivant.

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Les plantes ne sont pas seulement de la ‘matière’, elles ont aussi une dimension spirituelle. Et c'est cette énergie spirituelle que l'on absorbe aussi. Prenez un oignon dans le creux de votre main et formez une coupe avec vos doigts. Vous sentez qu'il regorge d'énergie. Vous absorbez cette énergie. C'est tellement agréable de pouvoir faire simplement cela. Tous ces beaux fruits et légumes frais, gorgés de vie, que nous pouvons consommer. Ces plantes, pleines d’énergie, qui nous permettent de nous fortifier. La vie !

Lorsque l'on se connecte véritablement à la vie qui nous entoure, on trouve aussi plus clairement sa place sur cette terre. C'est ma place ici, j'y ai ma place, comme cette ortie, comme ce scarabée. J'ai ma place ici. C'est un sentiment de retour aux sources.

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La médecine par les plantes peut être extrêmement puissante, même si elle a ses limites. Dans ce cas, la médecine allopathique peut apporter un soutien complémentaire. C'est tellement beau de constater que l'une n'exclut pas l'autre, qu'elles peuvent se compléter.

Mais qu’on n'est pas obligé d'aller chez le médecin pour un rien. On peut très bien se débrouiller seul. Cette indépendance, ou cette autonomie (dans une certaine mesure, bien sûr), est très précieuse.

Le cours de Rosemary m'a tellement apporté ! Mes racines se sont approfondies. Je suis plus ancrée dans la terre. Je suis plus forte. Je me sens tellement plus connectée à mes ancêtres, même les plus lointains. Au contact du monde qui m'entoure, du règne végétal, je m'accepte davantage telle que je suis. Outre une mine d'informations et de savoir-faire, j'ai aussi découvert de nombreux herboristes exceptionnels. Au premier rang desquels, bien sûr, Rosemary elle-même, qui, en plus d'être herboriste, est une femme magnifique, pleine d'amour, de bonté, de sagesse et de force.

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Plus j'apprends sur les plantes et avec elles, moins j'en sais.

Le règne végétal est si vaste. Différentes parties de la plante sont souvent utilisées à des fins diverses et multiples. Heureusement, c'est un monde qui peut croître à l'infini. Je donne ma vie entière à l'apprentissage. C'est précisément ce qui le rend si passionnant : apprendre toujours plus, approfondir mes connaissances, explorer des formes toujours différentes. Onguents, teintures, élixirs, infusions, fleurs de Bach…

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Après avoir terminé ma formation l'été dernier, j'ai eu l'idée de transformer une partie de la maison en atelier d'herboristerie, afin de créer un espace privilégié pour réaliser toutes mes envies. Mais d'autres choses avaient besoin d'être nourries. Alors, ce fut mis de côté pendant un moment. Même de nombreuses plantes que j'avais soigneusement récoltées et séchées l’été dernier sont restées dans des sacs en papier.

Il y a quelques semaines, en rangeant cette partie de la maison, je suis retombée sur ces sacs. Ce soir-là, j'ai pris le temps de mettre toutes ces herbes dans des bocaux en verre étiquetés. J'ai écrit ceci à ce sujet :

« Oooooooo ! Je n'arrive pas à décrire ce que je ressens. C'est comme retrouver une partie de moi-même. Quand je sens ces parfums, que je touche les plantes, que je les laisse glisser entre mes mains… Oui… c'est comme retrouver un vieil ami, c'est très profond. Soudain, je me sens tellement plus connectée à… à tout, en fait. Je viens d'ouvrir une fenêtre pour fermer les volets et j'ai vu le ciel étoilé. Soudain, je me suis sentie tellement plus connectée au ciel étoilé aussi. Est-ce parce que je viens de boire une grande tasse de tisane d'ortie ? …C’est tellement étrange, quand on cesse de s’y plonger pendant un moment, qu’on se contente de boire du thé en sachet du supermarché et qu’on arrête un peu de se concentrer sur les plantes… enfin, oui sur la lecture, les teintures, mais pas sur les sensations, les goûts, ce lien si fort, alors c’est un tout autre monde. Comme si de nouvelles connexions se créaient dans notre cerveau, des connexions qui étaient autrement engourdies. C’est vraiment très spécial. Et toutes ces plantes sentent encore si bon, après tant de mois, et elles sont si belles. Alors je me dis vraiment: ça fait partie de moi, j’ai juste envie de m’en occuper toute la journée. Ces plantes sont incroyables. Elles ont un effet sur moi. Ces parfums ! L’été ! »

Pour conclure : chaque être humain est en réalité un herboriste. Ce savoir oublié est dans notre sang. Les animaux savent aussi exactement quelle baie ou quelle feuille manger en cas de maladie. À l’échelle de l’humanité, nous n’avons cessé d’utiliser ce savoir que pendant une très courte période. C’est une question d’apprentissage (de se souvenir). Au plus profond de nous-mêmes, c'est le fondement même de l'humanité. On ne l'apprend pas à l'école. À l'école, on apprend le mathématique, le langage, et bien d'autres choses encore. Pratique, certes. Mais il manque quelque chose : apprendre à vivre en harmonie avec la nature, reconnaître et utiliser les plantes, tisser un lien avec elles. Ce serait tellement beau!

Plus on s'enracine, plus on se rapproche de la source.

Est-ce que je me considère comme herboriste ? Non, pas encore tout à fait. Je suis avant tout une personne qui aime profondément les plantes (sauvages). La nature. La vie. L’émerveillement du quotidien.

J’aimerais partager cet amour avec les autres. Partager ce que j’ai appris, ce que j’ai ressenti, et vous le chuchoter.

Oui !